René Desmaison

René Desmaison possédait une vraie âme d’aventurier. 

par Pascal Desmaison

foto01Il voulait être navigateur mais son destin le conduisit vers de nouveaux horizons. Enfant terrible d’une sensibilité à fleur de peau, il vécut avec une certaine insouciance malgré les difficiles années de guerre qui soufflèrent sur le Périgord. C’est sur ces terres blanchâtres composées de forêts, d’eau et de légende, que s’imprégnât dans son esprit, l’attirance des terres inconnues. L'aventure avec un grand A persistait constamment dans ses pensées. Elle l’orienta vers les montagnes les plus inaccessibles où son imaginaire pouvait s'extérioriser sans contrainte.

Pourvu d’une valeur essentielle, transmise sans doute par le cercle familial" Les forces de la montagne", René avait le sens de la fidélité envers ses compagnons. Certaines personnes auraient aimé lui vêtir l’image d’un individu mercantile, mais il suffisait, pour saisir sa personnalité, de l’approcher et s’apercevoir qu’il n’en était rien. Des plus grands aux plus novices des alpinistes qui l'eurent côtoyé, avec lesquels il ouvrit des premières ascensions vous diront : « on se sentait invincible à ses cotés.»

Une telle sérénité émanait de lui, elle vous enveloppait au point de ne plus douter de ce qui pouvait vous arriver. Un quelque chose à la Ventura ou à la Belmondo. Un dur au cœur tendre. Un caractère entier qui dérangeât parfois, et l’amenât sur les versants les plus périlleux dans les conditions météorologiques extrêmes, inaugurant ainsi le grand alpinisme hivernal. 342 heures dans les grandes Jorasses. L’essentiel était de se confronter aux éléments incommensurables de la nature. Ses rêves sont devenus réalité…  la montagne à mains nues.

La montagne s’apparentait à une île encerclée de grandes murailles où le plaisir de toucher, de jouer avec le rocher et d’ouvrir de nouveaux itinéraires, supplantait cette éminence dévoreuse d’homme. Le contact de l’acier au bout des doigts, il pitonnait avec le respect de l’ajusteur qu’il était dans sa jeunesse.

Autodidacte, homme de son temps et visionnaire, il fut le précurseur du premier reportage médiatisé des années 70 (en montagne), lors de l’ascension hivernale du Linceul en direct avec RTL.
Il participa à l’évolution du matériel d’alpinisme, mena parallèlement une carrière de guide de haute montagne, de conférencier à Connaissance du Monde, d’écrivain et de cinéaste-photographe qui lui permit de rapporter des témoignages poignant de ses ascensions. Cette liberté d'âme et d'esprit lui valurent aussi bien d’autres combats face aux critiques lorsqu' il redescendait des sommets. Voir son parcours.

Cela n’empêchait pas René d’éprouver un immense respect envers les grandes figures de l’alpinisme. Des pionniers à Armand Charlet et leur conflit de génération, Jean Couzy son maître, Pierre Mazeaud son ami de toujours (son frère de cœur), Ricardo Cassin et toutes les générations suivante comme Christophe Profit qu'il considérait comme son altère égo et dont il vouait une grande amitié, Jean Marc Boivin, Patrick Beraud et d'autres tous aussi méritants que je ne pourrais citer dans ces quelques lignes.

L’attirance de ces hommes prenant leur destin en main, captivait aussi ses pensées. D’incroyables aventures d’explorateurs, aux énigmes étonnantes, non résolues, le possédaient au point d’être presque devenu propriétaire d’une mine d’argent au Pérou en pleine cordillère.

Périgourdin dans le sang comme un bon Bergerac, le vin avait la senteur des terres calcaire de son enfance. Fin gourmet, il aimait rire et déguster entre ami un bon gigot d’agneau du Dévoluy dans son mas.

Le Buech était devenu son îlot de sérénité où ses compagnons disparus dans l’antre de son amante, pouvaient surgir  en toute fraternité et trinquer au bon vieux temps.

Les dieux sont avec nous, on s’en sortira fiston!
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